Partager l'article ! Extrait n°1 DCL: & ...
La
musique meurt, l'écriture naît.
Au-delà de l'écriture - parce-que dans l'écriture - l'insistance passionnée de trouver le
Geste.
Il fallait que la voix continue. Comme une bête hurlante. Et elle était en marche. Irrémédiablement, cela s'écrivait déjà malgré elle, sans elle.
La musique disparue,
le temps était comme une bouche d'égoût monstrueuse, disproportionné. Le temps se distordait à coup d'effluves nauséabondes qui l'engendraient et se donnaient à elle. Comme le temps engendrait ce
train qu'il lui faudrait rattraper parce-qu'elle était déjà dedans, suffocant.
Tout sentait le néant. Le néant la pénètrait et prenait petit à petit sa place. Après la période des seules excrétions pour rentrer dans les fibres de l'univers, Jaë allait vers sa propre
ablation d'elle-même. Ca crachait, soufflait. Le vide renvoyait ce qu'il ne voulait pas d'elle.
Souffle souffré qui étend le berceau du texte sur un bûcher.
Bûcher carnassier - mâchoire d'acier- pour broyer les idées et la continuité des mot sûretout.
Hachoir démoniaque.
Mais si seulement la fragment naissait.
Ne venait que le balbutiement, la voix bègue qui ne connaît que la première syllabe des mots, et qui s'étendait aux pensées.
Si seulement le fragment naissait.
Après chaque page, après chaque déroulement de l'idée sur la page, l'obscurité s'enfonçait en Jaë. Et faisait taire toute voix.
L'obscurité faisait parler ce qui doit rester muet, et qui se tait quand l'écrit démon agite. Elle se sentait remplie de la plus grande des vanités. L'impalpable l'avait quittée.
L'étreinte merveilleusement mortelle du silence s'était desserrée. Et la peau triste, désolée, abandonnée de cette chaîne douloureusement nécessaire, elle se mit à chercher une autre façon de travailler.
Retrouver les courants silencieux où la poésie se fait filtre révélateur.
Filtre aux odeurs, aux couleurs.
Filtre aux clameurs souterraines du monde...