Mercredi 18 février 2009 3 18 /02 /Fév /2009 21:38

Elle s'est bannie de la société des hommes pour n'avoir qu'une seule utilité; celle d'être son propre abîme.

La gangrène menaçait. Les murs de mots commencaient à trembler dangereusement. Qu'en resterait t'il demain... Les jours, les nuits n'existaient plus. Le temps n'a d'ailleurs jamais vraiment été.
C'était une bouche gigantesque et déformée. Elle l'avalait à chaque seconde et la recrachait aussitôt. Grimaçant les inquiétudes de Jaë, ce vide noir aspirant les désirs fossiles ne lui laissait que des gouttes desséchées et acides pour nourrir son existence insomniaque.
Son geste l'effrayait par le délice meurtrier qu'elle en retirait. Qui l'aurait vu aurait été paralysé de stupeur à la vision de ce corps enduit jusqu'à disparaître. A l'immédiat contact de sa peau la matière des mots se solidifiait pour former un sarcophage. Elle se retrouvait enfermée vivante dans ce tombeau qui n'avait jamais connu de clés.
Les sueurs tombaient à terre en cristaux de souffre aiguisé comme des pointes de lance.
Personne n'aurait pu l'approcher. Comment rentrer dans ce refuge aux émanations insupportables et fatales...
Les mots se délectaient de leur prise, éphémère affolé dans la toile. Les filaments empruntaient la tension arachnide, elle ne pouvait s'en dégager.

On pouvait entendre quelquefois, abandonnés dans le vent, des ricanements rapides et aigus.

 

 

Par Jaë
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